
Mère et fille, main dans la main.
Les instants précieux.
On en a toutes et tous des moments qu’on aime par-dessus tout.
L’odeur de la terre après une pluie d’été, qui porte le nom magnifique de pétrichor ; un repas en famille où plusieurs générations se mêlent, chacune avec son énergie et son expérience de la vie ; l’étrangeté du silence ouaté au petit matin, après une chute de neige dans la nuit ; l’annonce d’une bonne nouvelle qui met de la joie partout dans la journée…
Ces instants vont et viennent mais certains se sont transformés en souvenirs émus. Fouillez dans votre mémoire et vous trouverez votre grand-mère et son arrière-petite-fille que presque un siècle sépare, jouant ensemble ; une rencontre avec une personnalité admirée ; un test de grossesse positif ; une réussite récompensant de précieux efforts ; un acte ou une parole qui changent une vie…
Tous ces moments sont fugaces et bien qu’ils restent ancrés dans notre mémoire, ils s’estompent souvent au fil du temps, voués à disparaître si nous ne les convoquons plus.
La période des câlins spontanés et des élans sincères
L’instant dont je vais parler ici dure pourtant. Je le savoure depuis longtemps et j’espère encore pour quelques années, mais je sais qu’il finira lui aussi par s’envoler. Je veux parler de l’amour débordant que me porte ma fille. (Dois-je préciser que le mien l’est tout autant ?!)
Alix a sept ans (et demi, précisément), elle vient d’entrer en CE1. Cette petite blonde aux cheveux longs (pas encore assez longs à son goût) est très vive, curieuse de tout, et ne vous laisse rien passer si vous faites une erreur dans une explication. J’aime énormément nos échanges, et notre complicité.

Partager ses jeux.
Elle a beaucoup grandi et mûri lors de son CP, et ce coup d’accélérateur me fait mesurer l’allure folle à laquelle une période succède à l’autre. Je profite tant qu’il est temps des câlins spontanés, des histoires du soir, de nos mains qui se tiennent dans la rue, des « Maman, je t’aime plus que toi tu m’aimes » (j’ai beau lui dire que c’est impossible, elle m’assure qu’elle a raison).
En tant que maman divorcée et sans autres enfants, j’entretiens avec elle un lien privilégié. Des nombreux têtes à têtes faits de jeux, de balades, de discussions, de visites, d’expériences, et même parfois de soirées pizzas – dessins animés.

À la sortie de l'école.
J’aime ma fille infiniment, sans être pour autant une maman – gâteau. Je suis heureuse de l’observer lors de son spectacle de fin d’année, mais rester trois heures à la kermesse de l’école m’ennuie rapidement. Organiser sa fête d’anniversaire est loin d’être le moment le plus excitant de mon année mais c’est le sien et je le fais pour elle avec joie. J’essaie aussi de participer à une sortie scolaire chaque année, depuis qu’elle est en maternelle.
À la fin de l’année dernière, j’accompagnais la classe pour la matinée gymnastique. Je supervisais l’atelier poutre, et Alix était fière de me montrer comme elle savait traverser en marche avant et marche arrière. Un peu plus tard, elle m’a appelée pour que je voie à quel point elle tournait bien autour des barres asymétriques puis comme elle prenait bien son élan sur le trampoline. Sa joie de rendre fière sa mère ! Et moi, heureuse de sa joie.
« Un instant de bonheur vaut mille ans dans l’histoire »
Voltaire
Sa joue contre mon bras
Au retour, alors que je fermais le rang d’enfants alignés deux à deux, elle a glissé sa main dans la mienne. Et plusieurs fois sur le trajet, elle l’a soulevée pour pouvoir caresser de sa joue mon avant-bras, en me glissant « je t’aime ». Cet amour qui déborde spontanément, sans freins, sans honte, sans gêne, pourrait m’arracher les larmes.
En grandissant, son amour restera (je l’espère en tout cas !) mais ne s’exprimera plus de la même façon, plus aussi innocemment, aussi spontanément. Alors, je savoure et j’emmagasine tous ces petits moments en me promettant de ne pas oublier.
Ils sembleront bien loin à l’adolescence où, peut-être, nos relations seront plus compliquées.

Et elle, qu'écrit-elle dans son carnet secret ?
Écrire pour ne pas oublier
Ces petits bonheurs en sont d’autant plus précieux. Il faudrait pouvoir prendre une photo mentale pour fixer les couleurs éclatantes de ces instants. Tatouer à l’encre indélébile l’endroit de la caresse sur mon bras.
Car j’ai hélas déjà tant oublié de ces moments suspendus, en sept ans ! Ils ne me reviennent que quand je plonge dans les albums photos ou quand je discute avec des proches. Mais certains souvenirs sont perdus.
Ma solution et ma résolution ? Les écrire ! Écrire ces moments, figer ces images volatiles pour pouvoir les convoquer quand ça me chante. Savoir qu’ils sont sur le papier quelque part (ou sur un blog) et pouvoir m’y replonger quand l’envie me vient.
Le travail biographique c’est aussi ça : laisser une trace de l’existant. Ça peut être le livre d’une vie mais aussi un texte plus court, sur un souvenir précis, un événement ou plusieurs. Pourquoi ne pas faire un album « écrit » de souvenirs ?
Voilà peut-être une bonne résolution de rentrée.
